Sommet de la Vape 2017 : Compte-Rendu détaillé

La seconde édition du Sommet de la Vape a eu lieu ce jour (20 mars 2017) à Paris, au Centre National des Art et Métiers (CNAM), et fait suite à une première édition qui s’était tenue en mai 2016 dans les mêmes lieux.

Sommet de la Vape 2017

Le Professeur Dautzenberg a présenté les résultats du sondage réalisé par Sovape 

  • 84% pensent que les autorités sanitaires devraient plus promouvoir l’utilisation de la cigarette électronique dans le sevrage tabagique
  • 86% pensent que le vapotage remplace totalement ou partiellement le tabac
  • 75% pensent que les études sont presque exclusivement alarmistes
  • 8% pensent que la cigarette électronique est une passerelle vers le tabac
  • 71% pensent qu’il ne faut pas interdire les arômes dans les e-liquides au risque de rendre la vape moins attractive et observer un retour au tabac
  • 58% pensent qu’il faut autoriser la publicité dans certains cas et l’encadrant

Jacques LE HOUEZEC a déploré l’absence de certaines associations et institutions de lutte contre le tabac telles que Tabac info service, Santé Publique France ou Lutte contre le Tabac.

Intervention de Dr Nicolas PRISSE, Président de la MILDECA – Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives.

Le tabac est la première cause de mortalité évitable en France avec 70 000 décès par an.

Il ne faut surtout pas décourager un fumeur qui a commencé à vapoter mais l’accompagner. La cigarette électronique est bien une aide au sevrage tabagique. Rien ne s’oppose à ce que la cigarette électronique ait une large place dans la lutte contre le tabac et pour cela il est nécessaire de pouvoir mieux communiquer et de poursuivre les études, dont notamment celles portant sur les interactions avec la matrice pulmonaire.

Intervention de Rémi PAROLA pour la FIVAPE (Fédération Interprofessionnelle de la VAPE), sur le marché de la vape.

La vape représente plus de 400 entreprises en France. La vape est l’outil numéro 1 de sevrage tabagique en Europe. Selon Rémi PAROLA, l’absence aujourd’hui de certaines associations et institutions de lutte contre le tabac est aberrante et choquante.

6 millions d’Européens ont arrêté de fumer grâce à la vape. Il y aurait aujourd’hui 15 millions de vapoteurs en Europe, dont 4 à 5 millions en France.

La FIVAPE considère que la TPD est une directive disproportionnée, qui limite l’essor de la vape. L’application de la TPD en Europe est totalement hétérogène avec des disparités très fortes tant que sur les coûts que sur les règles d’application dans chacun des 28 états membres.

La France et le Royaume-Uni sont les états les plus progressistes en Europe, qui ont su limiter les couts et conserver une diversité des produits pour une vape plus indépendante et accessible. La France et le Royaume-Uni ont à ce jour déjà enregistrés respectivement 20000 et 25000 références sur leurs marchés.

Le marché de la vape en 2017 c’est :

  • 10 milliards de dollars dans le monde
  • 5 milliards de dollars aux USA
  • 3,5 milliards en Europe, avec 2 pays leaders le Royaume-Uni et la France

Dans les 5 prochaines années, le marché de la vape devrait tripler.

Les sociétés de tabac – Big Tobacco – investissent de plus en plus dans le marché de la vape, mais restent minoritaires. En France, le marché de la vape est tiré par un grand nombre de PME, indépendantes du monde de la vape.

Exposé du Pr Ricardo POLOSA : point scientifique, question de la controverse

En préambule, le Pr Ricardo POLOSA rappelle que s’il était au début très sceptique quant à l’efficacité de la cigarette électronique, il a changé totalement d’avis au contact des vapoteurs et après avoir mené ses propres recherches.

D’après le Pr Ricardo POLOSA, nous sommes face à de nombreuses études comportant des informations erronées, dont le manque de bon sens est une des explications. Nous faisons face à l’arrogance de certains scientifiques qui ne connaissent pas la vape et n’ont pas les compétences nécessaires pour l’étudier. Nous assistons également à une tempête médiatique avide de sensationnel et de raccourcis scientifiques, pour conclure à des aberrations telles que la cigarette électronique serait plus nocive qu’une cigarette tabac.

La bonne compréhension du fonctionnement de la cigarette électronique et de son utilisation est fondamentale pour la mise en place de conditions expérimentales représentatives. Consommer du pain grillé au petit déjeuner est une pratique partagée par de nombreuses personnes. Pourtant, certaines études pourraient conclurent à une pratique dangereuse pour la santé après une analyse du pain laissé 1 heure dans un grille-pain et donc totalement carbonisé.

La Suède, seul pays européen qui autorise l’utilisation du SNUS, une sorte de tabac à mâcher qui contient beaucoup plus de nicotine que les e-liquides, a vu la prévalence au cancer du tabac sensiblement diminuer par rapport aux autres pays européens. Nous pouvons donc nous attendre à la même tendance dans les prochaines années dans les autres pays européens grâce à la cigarette électronique. Enfin ,l’amélioration des matériels de vapotage vont dans le bon sens, pour un meilleur sevrage tabagique.

Intervention de Jean-Pierre COUTERON, président de la FÉDÉRATION ADDICTION, sur la place de la vape dans la réduction du risque tabagique, suivi d’un tour de table.

Dans la réduction du risque tabagique, il ne faut pas se fermer de portes et considérer toutes les options telles que le vapotage ou le Snus*.

Le vapotage est sans aucun doute un outil efficace de réduction du risque tabagique.

Le vapotage présente une solution efficace au sevrage tabagique car simple et peu contraignante. Choisir le vapotage c’est opter pour une solution confortable et agréable. Ce qui accroît les chances de succès du sevrage tabagique. Il est illusoire d’exiger du fumeur une abstinence totale comme meilleur moyen de sevrage tabagique. En effet, elle n’est pas garantie sans effets secondaires. L’accompagnement et l’écoute de chaque fumeur sont primordiales. Le but est de mettre en place la meilleure solution de sevrage tabagique. Mais aussi d’éviter à tout prix le retour au tabac.

Le vapotage est souvent attaqué, et de façon injustifiée, comme étant un passage pour les jeunes au tabac. On l’assimile à un nouvel objet d’addiction ou une pratique dont les risques ne sont pas connus. Certains fumeurs pensent que fumer est aussi dangereux, voire plus dangereux, que vapoter ! Il est donc essentiel de mieux communiquer auprès du public. Il faut également développer les canaux de discussions, incluant fumeurs, vapoteurs, professionnels de santé et professionnels de la vape.

Pour une meilleure réduction du risque tabagique, il donc est nécessaire de sortir du débat actuel, manichéen et stérile. Mieux vaut privilégier un débat dépassionné et réaliste, avec tous les acteurs du marché.

*Snus : un tabac oral utilisé en Suède et Norvège, qui libère une nicotine facilement absorbable par la muqueuse de la bouche. Il contient moins de produits dangereux. L’usage reste dans le reste de l’Europe.

Table ronde animée par Ghyslain ARMAND (magazine PGVG et auteur du documentaire Beyond The Cloud) sur la vape au travail et dans les lieux publics.

Il est désormais interdit de vapoter dans certains lieux publics. L’article 28 de la loi du 26 janvier 2016 de modernisation du système de santé interdit en effet l’usage de la cigarette électronique dans les :

  • établissements scolaires et les établissements destinés à l’accueil, à la formation et à l’hébergement des mineurs ;
  • moyens de transport collectif fermés (train, bus, métro…) ;
  • lieux de travail fermés et couverts à usage collectif.

Un décret en Conseil d’État précisera les conditions d’application de cette interdiction.

Pour Nathalie NAVARRO, Dirigeante d’entreprise AXONE Group, non fumeuse et non vapoteuse, un vapoteur est plus productif s’il peut vapoter sur l’espace de travail. Cette pratique est tolérée dans son entreprise et ne dérange pas.

Pour Brice LEPOUTRE, président de l’Association Indépendante des Utilisateurs de Cigarettes Électroniques (AIDUCE), ancien gros fumeur, le risque est un retour au tabagisme si le vapotage est interdit sur le lieu de travail, le vapoteur devant alors sortir de l’entreprise avec les fumeurs.

Gérard AUDUREAU, du Droits des Non Fumeurs (DNF), et Daniel THOMAS, du Comité National Contre le Tabagisme (CNCT), ne partagent pas les points de vue précédents. Les vapoteurs ne sont pas tous respectueux. Ils peuvent émettre des vapeurs en grande quantité et incommodantes pour l’entourage. Il est illusoire de penser que nous pourrions légiférer sur ces pratiques.

Même si les expositions issues du vapotage sont infiniment moins toxiques que la fumée du tabac, Daniel THOMAS ne souhaite pas exposer les non-fumeurs et non-vapoteurs. Et plus particulièrement les enfants, à ces vapeurs qui peuvent être incommodantes et dont le risque zéro impact n’est pas encore avéré.

Pierre ROUZAUD, de Tabac & Liberté, estime que l’assimilation par le législateur du tabagisme et du vapotage dans les lieux publics est totalement aberrante. Tabagisme et vapotage sont des antonymes. Tout d’abord, le tabagisme tue, le vapotage non. Le tabagisme est une pratique fortement addictive qui rend esclave l’humain. Contrairement au vapotage qui libère du tabagisme. Enfin, le tabagisme coûte 12 milliards d’euros à l’état, contrairement au vapotage qui ne coûte rien et crée des emplois.

Conférence de Astrid FONTAINE, auteure du rapport du Laboratoire de Recherche en Sciences Humaines, commandé par la Direction Générale de la Santé, sur la place de la vape dans la société, suivi d’un débat animé par Aurélie KIEFFER, journaliste à France Culture.

Témoignage de Nadine, 40 ans, issu du rapport : « J’arrête de fumer parce que j’ai peur de mourir et de laisser mes enfants orphelins trop tôt ».

Françoise GAUDEL, Psychologue en formation tabacologie et responsable du groupe Facebook Je Ne Fume Plus : « Choisir de vapoter, c’est choisir de ne pas mourir ».

La cigarette électronique n’est pas un épiphénomène, mais une controverse socio-technique.

Dans la plupart des cas, le vapotage est synonyme de sevrage tabagique sans effort, avec des bénéfices immédiats. Certains fumeurs ont arrêté de fumer sans s’en rendre compte. Le vapotage n’arrête pas quelque chose que l’on aime, mais permet de découvrir d’autres sensations et plaisirs.

Un fumeur en sevrage a besoin d’accompagnement. Les vapoteurs et ceux qui s’intéressent au vapotage demandent d’avoir accès à plus d’informations sur la cigarette électronique. Ils ne comprennent pas la retenue des institutions publiques quant à cet outil de sevrage. Pour François BECK (Observatoire français des drogues et des toxicomanies – OFDT), il y a de moins en moins d’incertitudes concernant la non nocivité de la cigarette électronique ou le non effet passerelle vers le tabagisme. Cependant, la mauvaise publicité sur la cigarette électronique perdure et cela est avant tout un problème d’ordre politique.

Une information positive et structurée auprès du grand public est essentielle pour Anne BORGNE, Présidente du RESPADD (Réseau de prévention des addictions). Des vapoteurs peuvent être découragés par leur entourage. Ce dernier peut va relayer les articles de presse à sensation. Ou des phrases toutes faites telles que : « vapoter ou fumer, c’est la même chose ». Ce produit doit rester un produit de consommation courante. Il doit également demeurer un outil de sevrage pour les professionnels de santé, ce qui n’est pas antinomique. Enfin, il faudrait sortir la cigarette électronique de la réglementation tabac.

Selon Jacques LE HOUEZEC, la grande majorité des fumeurs qui se mettent à la vape souhaitent quitter seuls le tabac, sans passer par un parcours médicalisé (médecin, pharmacie…).

Présentation par Nathalie DUNAND du rapport SOVAPE (novembre 2016) sur la consultation publique sur la liberté d’expression concernant le vapotage suivi d’un débat animé par Sébastien BÉZIAU (SOVAPE).

Le monde de la vape s’est développé librement via un vaste système d’information (forums, réseaux sociaux, sites internet spécialisés…). Cependant, à partir du 20 mai 2016, la propagande ou la publicité, directe ou indirecte, en faveur des produits de vapotage est interdite et est punie de 100 000€ d’amende. A présent, s’informer et arrêter de fumer en dehors des instances médicales est devenu très difficile.

Jacques LE HOUEZEC : « Interdire toute publicité et communication signifie que le produit est dangereux pour le grand public ».

Le rapport de SOVAPE a porté sur plus de 3100 personnes, utilisateurs, professionnels de santé et professionnels de la vape :

  • seuls 0,75% des sondés estiment que la communication sur la vape en provenance du ministère de la santé est fiable !
  • 39,3% des professionnels de santé ont découvert la cigarette électronique par leurs patients.
  • seuls 5% des utilisateurs et 44% des professionnels de santé pensent qu’il faut interdire la publicité pour les marques et les professionnels de la vape.
  • 50% des sondés pensent qu’il faut autoriser la publicité tout en l’encadrant.

Pour accéder au rapport SOVAPE complet : http://www.sovape.fr/rapport-consultation-publique-vapotage/.

Pour Jean MOIROUD, président de la FIVAPE (Fédération Interprofessionnelle de la VAPE), les professionnels de la vape devraient avoir la possibilité de communiquer et de commercialiser librement les produits de la vape, afin de convertir un maximum de fumeurs au vapotage.

Seul un allègement des règles de communication dans les boutiques spécialisées semble possible pour les prochaines années.

Conférence du Pr Jean-François ETTER sur les politiques de santé publique.

10 ans après l’arrivée des cigarettes électroniques en France, force est de constater que la cigarette à combustion est toujours aussi présente et que la vape a encore beaucoup de chemin à faire. Cela est dû à plusieurs facteurs :

  • la technologie des cigarettes électroniques, qui a cependant énormément évoluée en 10 ans, la formation
  • une forte désinformation
  • une réglementation déséquilibrée (TPD – Tobacco Product Directive).

Il est impératif de maximiser par tous les moyens la conversion des fumeurs vers la vape. Mais aussi de revoir la TPD.

Pr Jean-François ETTER : « Evitons tout moralisme et acceptons l’usage hédoniste de la nicotine ».

Conclusion du Pr Benoit VALLET (Direction Générale de la Santé).

Pr Benoit VALLET : « nous sommes tous réunis pour lutter contre les produits du tabac issus de la combustion ». Un groupe de travail a été constitué dans ce sens et les premiers résultats sont encourageants.

Pr Benoit VALLET insiste sur les actions concrètes réalisées depuis le dernier Sommet de la Vape et son engagement politique dans la lutte contre le tabagisme. Le coût de la mise sur le marché des produits de la vape est deux fois moins élevé que pour les produits du tabac. De plus, il n’y a pas de mise sur le marché ni de couts pour le matériel.

Des points restent à éclaircir :

  • lieux de vapotage, dont lieux de travail
  • publicité : une distinction dans les règles d’application de la publicité entre la vape et le tabac est en cours de discussion

Pr Benoit VALLET souhaite bannir le terme « cigarette électronique ». Il rappelle que les milieux les plus modestes sont les plus touchés par le tabagisme.  Il déplore que la France a bien plus porté ses actions sur le curatif que sur le préventif. Ce qui explique les mauvais résultats dans la lutte contre le tabagisme. La loi de 2016 souhaite changer la donne en donnant beaucoup plus de moyens à la prévention. La recherche serait également favorisée avec un fond de recherche dédié, financé sur les taxes des produits du tabac.

Sommet de la vape 2017 - IntervenantsConclusion du Pr Gérard DUBOIS (Académie de médecine)

« Le tabac est le pire produit que l’homme ait jamais inventé et qui a fait plus de morts que la peste ».

Pauline

Pauline est connue à BlogVape pour son palais. Amatrice d’e-liquides rares et pro du marché, elle vape avant-tout pour les saveurs.